- mon salaire variait en fonction des mois, il était souvent revu en légère baisse car « la concurrence est rude », me disait-il ;
- je n’avais pas d’emploi du temps, devais être disponible 24 heures sur 24. Il m’arrivait de recevoir des textos professionnels la nuit ;
- j’étais systématiquement payé avec du retard. Comment organiser sa vie dans ces conditions ?
À la suite d’une menace de mon employeur de me remplacer si je n’acceptais pas de baisser significativement mon salaire, j’ai refusé. Et, subitement, il n’a plus fait appel à moi. (Lire la suite de ce témoignage dans la tribune des travailleurs…)
Erol, livreur à vélo à Lille – « Dans ce boulot, tu n’es pas licencié, tu es désactivé » − Tu postules sur Internet, il y a quelques formalités, il n’y a besoin d’aucune compétence particulière. Ça donne l’idée qu’avec un smartphone et un vélo, tu peux trouver très facilement du travail.
Tout se passe par Internet, jusqu’à ce que tu sois convoqué à un « shift » d’essai (tout est en anglais : un « shift », c’est un service). Une fois sélectionné, tu dois devenir auto-entrepreneur. Les formalités sont très simples. C’est accompagné d’un discours te disant que « tu seras plus libre ». On met en avant les aspects attrayants : possibilité de travailler quand tu veux, et on te fait miroiter un revenu de 23 euros l’heure, ce qui est très exagéré.
Enfin, on finit par rencontrer une personne en chair et en os : le « city-manager », qui est généralement un jeune sorti d’une école de commerce et entouré d’une armée de stagiaires. Là, tu signes un contrat. On te prête le matériel, moyennant une caution : sac de livraison, tee-shirt, veste.
Le système est organisé autour d’une application sur le smartphone. À jour fixe et heure fixe une fois par semaine, l’entreprise fournit le planning de la semaine. Et là, c’est la guerre entre les livreurs ! Chacun est derrière son ordinateur et se bat pour avoir du travail, pour réserver le maximum de créneaux. Plus on est nombreux, plus cela réduit la quantité de créneaux. En dix minutes, tous les créneaux ont été pris. Si tu n’as pas réussi à te connecter à Internet, tant pis.
Lors de chaque créneau, tu dois être disponible, connecté à l’application sur ton smartphone, tu es en ville à vélo, tu reçois des commandes et tu dois aller les chercher dans un restaurant et les livrer. Tu as le droit de refuser une course, mais cela est pris en compte par l’application, qui tient à jour des statistiques sur chaque livreur : taux d’acceptation, statistiques sur ta ponctualité, état de la marchandise… Cela permet aussi de comparer les livreurs. Si tes statistiques ne sont pas satisfaisantes, ils se séparent de toi (Lire la suite de ce témoignage dans la tribune des travailleurs…)